Paul Juon: quintette n°1 pour violon, 2 altos, violoncelle et piano opus 33

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Russe? Germanique? Romantique? Moderne? Folklorique? Tant d’adjectifs conviennent à Paul Juon mais le mot « original » est peut-être celui qui lui correspond  le mieux.

Né d’une famille suisse ayant émirgé en Russie, Paul juon (1872-1940) étudie le violon et la composition au Conservatoire de Moscou. Pour cette deuxième discipline, ses maîtres furent Taneïev et Arenski.

Tout au long de sa vie, il sera un professeur d’harmonie et de violon. Sa musique tombe dans l’oubli après la seconde guerre mondiale.

Le quintette avec piano op.33 , dédié à sa femme Katharina Chakhalova existe aussi en version pour deux violons, alto, violoncelle et piano, sûrement pour des raisons commerciales, l’effectif instrumental initial étant plutôt rare. Mais sans vouloir dénigrer l’utilisation d’un deuxième violon, cette option me semble plutôt maladroite tant au niveau de l’exploitation thématique que de la préservation des textures sonores. Cela me rappelle un concert où était donné le quintette pour hautbois, violon, alto, violoncelle et piano de Théodore Dubois (oeuvre charmante). Le hautbois avait été remplacé par un deuxième violon. Aucun intérêt!

Quintette n° op.33

 Quatre mouvements très contrastés:

I. Moderato quasi andante

II. Molto adagio

III.Quasi valse

IV.Allegro non troppo

I. Moderato quasi andante 

extrait:   http://www.editionsilvertrust.com/Music/juon-pno-qnt1-movt1.mp3

Le premier mouvement est conçu en forme-sonate classique à deux thèmes. Une ample mélodie descendante ( en ré mineur) est exposée calmement au violon et au violoncelle  sous un tapis de notes jouées à l’alto 1 et le contre-chant discret du piano. Une brume mystérieuse, où l’on perçoit pas à pas une mélodie mélancolique qui se veut de plus en plus puissante et impressionnante. Le piano reprend ce thème mais dans son alter ego majeur et doucement agité.

Le brouillard s’estompe pour laisser place à… La danse, la joie l’allégresse, l’abondance et l’excès. Le thème auparavant mélancolique voyage d’instrument en instrument de façon resserrée, lyrique et jubilatoire. Assiste-on à une sorte de transe?

Presque sans transition, un deuxième thème ascendant jouée au violoncelle, vient temporiser le discours, mais de courte durée car la jubilation revient de plus belle, riche et foisonnante.

Le développement (assez court) n’arrête pas cette course effrénée vers un état second. le piano s’impose avec de puissants accords. Ambiance tragique:  complexités rythmiques, superposition ingénieuse des deux thèmes jusqu’à une explosion sonore.

Après un courte accalmie, réexposition complète. Une grandiose coda nous amène vers la véritable transe, de plus en plus vive et fiévreuse. Ce premier mouvement se conclut avec force et nous transporte vers un état qui se situe au-delà de la conscience.

II. Molto adagio

extrait:     http://www.editionsilvertrust.com/Music/juon-pno-qnt1-movt2.mp3

Forme lied ABA’ plutôt classique mais étonnante en bien de points. Il s’agit d’une sérénade-nocturne en fa majeur, ouatée et feutrée. Le 1er thème (d’une bienveillance sans faille) est d’abord exposé au violon, accompagné par les tenues des deux altos et les pizzicati du violoncelle. Brève conclusion du piano dans un léger crescendo, aboutissant au retour du thème dans le grave de l’alto (c’est d’ailleurs dans cette tessiture et cette couleur que ce thème prend tout son sens, à mon humble avis).  L’aspect sérénade-nocturne est renforcé et magnifiquement illustrée par l’écriture du piano, qui scintille dans l’aigu.

Le second thème, dansant et folklorique (comme souvent dans les mouvements lents chez Paul Juon) apparaît presque sans transition (encore!) avec l’indication Più mosso.  Quatorze mesures fuguées initiées par le violoncelle, puis le piano, l’alto 1, l’alto 2 et le violon. Quatorze mesures où une apparente simplicité laisse place à la l’agitation et l’excès.

Retour du premier thème, cette fois-ci au violoncelle avec les touches scintillantes du piano. Ce dernier nous donne ensuite un éclairage différent de ce premier thème par de nombreuses modulations et accords étranges. L’alto 1 termine ce Molto adagio de manière lumineuse dans le registre aigu, soutenu, par relais de timbre, par l’alto, le violon, le violoncelle et le piano.

III. Quasi valse

extrait:     http://www.editionsilvertrust.com/Music/juon-pno-qnt1-movt3.mp3

Une valse en lieu de scherzo. Ironique, lyrique, hautaine, sarcastique et grotesque par moments. Bref, tout un programme.  Un premier motif ascendant (un peu curieux) se déploie d’instrument en instrument avec quelques étirements du temps par endroit. Un peu brusquement,  un passage marqué fortissimo appassionato projette cette valse vers une euphorie délirante et fiévreuse, encore une fois marquée par un certain excès. C’est d’un bel effet. Un intermède alternant do dièse mineur et do dièse majeur vient ajouter de la dualité à ce scherzo. Étrangement, on a d’abord l’impression qu’il s’agit d’une danse un peu funèbre mais très vite, on est transporté par un élan chaleureux et victorieux. Que de contrastes en si peu de mesures! Retour de la première partie du scherzo, identique à la première fois. Le mouvement semble se terminer sur la pointe des pieds.. mais Oh! Surprise!! Il s’enchaîne sur…

IV Allegro non troppo

extrait:           http://www.editionsilvertrust.com/Music/juon-pno-qnt1-movt4.mp3

Après une introduction  explosive quasi ab irato du piano et des cordes, Paul Juon s’est inspiré d’un thème populaire russe que l’on peut trouver dans un recueil intitulé Cinquante chansons populaires russes pour piano à quatre mains de Tchaïkovski. D’abord énoncée au cordes puis au piano, cette chanson populaire est sublimée par l’harmonie et le rythme proposé notre compositeur. Le discours s’emballe un peu laissant place, presque sans transition (sic!), à un deuxième thème  lyrique et passionné chanté à l’alto 1 dans son registre aigu. Cet alto 1 semble glisser, ça et là, sur les triolets de double véloces du piano. Redite du thème par tout le quatuor et l’écriture virtuose du piano.

Le développement est surprenant, obsessionnel d’une intensité dramatique et expressive  impressionnantes. Retour de l’ab irato du début et donc réexposition du premier thème d’inspiration populaire joué très simplement au début mais peu à peu en proie à une exaltation grandiose. C’est très orchestral. Le thème lyrique revient mais cette fois-ci au piano. Les dernières mesures du quintette font écho aux thèmes des mouvements précédents. L’oeuvre se termine dans la nuance pianissimo, non pas dans la tristesse, mais dans la nostalgie des souvenirs d’antan.

Paul mériterait d’être plus souvent joué… Ce quintette est un bijou. 🙂

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