Felix Weingartner: Sextuor en mi mineur pour 2 violons, alto, violoncelle, contrebasse et piano op.33

 

 

Une pause de quintettes avec piano, interlude avec un sextuor pour deux violons, alto, violoncelle, contrebasse et piano. Eh oui! Il n’y a pas que le sextuor de Glinka, de Lyapunov ou  de Mendelssohn (petite nuance car cette superbe oeuvre est avec deux altos).

Felix Weingartner (1863-1942)

Chef d’orchestre, compositeur, pianiste et écrivain autrichien, Félix Weingartner est un artiste accompli. Jeune, il étudie avec Franz Liszt et Carl Reinecke.

D’abord chef d’orchestre de l’opéra de Königsberg, il occupe à Mannheim et Berlin plusieurs postes de directions qui lui assure une certaine renommée.

En 1908, il est choisi par Gustav Malher pour diriger l’Opéra de Vienne pour trois ans. Il dirigera le Philharonique de Vienne pendant 19 ans.

Il est le premier à enregistrer intégralement les symphonies de Beethoven et de Brahms.

Coté compositeur, il est l’auteur d’opéras, de symphonies, lieder, quatuors à cordes, un octuor pour  vents, cordes et piano, un magnifique quintette pour clarinette; trio à cordes et piano de nombreuses pièces instrumentales. Il est indéniable que sa plume est romantique, dans la tradition de Schumann et de Brahms. Ce style n’a pas contribué à sa renommée en tant que compositeur mais il n’empêche. Pas besoin d’être novateur pour écrire de la musique de qualité!

Le sextuor op.33, composé en 1903,  est en quatre mouvements:

I. Allegro appassionato;

II. Allegretto;

III. Adagio. In carattere d’una improvisazione, ma in tempo;

IV. Danza funebre  .

Il se dégage tout au long de l’œuvre une atmosphère tourmentée et élégiaque, et parfois des moments où l’on effleure le spleen du bout des doigts.

Le sextuor à écouter en entier:

( Je vous conseille la version du label CPO avec Oliver Triendl au piano et l’Ensemble Acht.)

 

I. Allegro appassionato

C’est un mouvement tourmenté, fiévreux, non dépourvu d’une certaine violence. La tension y est constamment présente, menaçante, n’offrant que de courts  moments de détente.

Le premier thème suit un sorte de courbe ascendante  et descendante au piano puis aux cordes. Il n’y pas de répit, une agitation ambiante grossit jusqu’à un point de rupture qui amorce un pont nous amenant au 2e thème. Cette seconde idée, planante et dansante se veut apaisante. Peine perdue.

Des accords dans le grave du piano balaient avec l’apparente félicité. Le développement, est composé de vagues successives,  du sombre à la lumière aveuglante. Réexposition intégrale des thèmes et conclusion en mi mineur puissamment affirmée.

II. Allegretto

Ce deuxième mouvement, principalement en do dièse mineur, est un allegretto à 2 temps entrecoupé d’épisodes très différents. Le tableau principal revient 3 fois de manière évolutive; de plus en plus enragée. Le piano joue un thème plutôt bonhomme voire plaisantin sous les pizzicati un peu sarcastiques du quintette à cordes.

Le premier épisode en La Majeur et noté Poco piu mosso,  fait la part belle aux cordes mêlant euphorie et folie douce, la piano se contentant d’un accompagnement discret. Petit à petit, un canon s’instaure pour aboutir à un enchevêtrement presque infini des différentes mélodies. Luxuriant et d’un bel effet.

Le second épisode , en Ré bémol Majeur, un poco meno mosso a un discours plus héroïque mais aussi indécis, en témoignent les nombreuses modulations qui s’ensuivent. Retour en Ré bémol Majeur, 2e violon, alto et violoncelle à l’unisson; le 1er violon perce dans le suraigu avec un magnifique contre-chant ponctué par les  pizzicati de la contrebasse. L’épisode s’apprête à se conclure sur la pointe des pieds, quand brutalement, le tableau principal redevient déchirant, explosant force et fureur et cela sans concession.

III. Adagio. In carattere d’una improvisazione, ma in tempo

Peut-être le plus beau mouvement. Le songe d’une froide nuit d’automne.

Le solo introductif du piano est comme hors du temps, élégiaque. Une pause méditative et pittoresque sous un ciel chargé de nuages sombres. Avec  élégance et  tendresse, les cordes font leur apparition tour à tour, jusqu’à un épisode assez singulier qui vient troubler cette contemplation. Rythmes pointés et serrés. L’inquiétude n’est que de courte durée.

Le songe se poursuit avec la venue soudaine d’une danse qui se veut peu à peu fantastique, voire macabre (la mort se jouerait-elle de nous?)

Le mouvement se termine comme il a commencé, hors de l’espace et du  temps.

IV. Danza funebre

Danse funèbre, qui revêt un caractère presque majestueux dès les premières mesures, avec les accords pointés du piano et les pizzicati des cordes.  Le calme s’installe peu à peu à travers une mélopée lancinante et triste jouée par le quintette à cordes. Pas de rayon de soleil à l’horizon. Juste un souvenir, douloureux.

La procession funèbre se met en place progressivement.  Le piano joue en octave un thème pointé et inquiétant repris ensuite par l’alto, le violoncelle et la contrebasse, jusqu’à une déchirante et puissante reprise de cette mélopée lancinante par le piano dans la nuance fortissimo.

Puis, on aperçoit la lumière percer ces sombres cieux. Une cantilène provenant des cordes apaise l’ensemble. Tendresse et affection font enfin leur apparition dans cet éloge funèbre. Les larges accords du piano qui débutent dans le grave opèrent une ascension titanesque, à la mesure de l’hommage rendu par cette danse.

Retour des accords majestueux, plus déchirants et plus tristes encore. Réexposition des différents thèmes.

Une coda superpose la cantilène tendre et un des thème du deuxième mouvement dans une atmosphère lugubre et dont le faible éclat s’éteint peu à peu.

Retour brutal des accords du début puissamment assénés aux piano et aux cordes. Une fin belle et pathétique dans la pure tradition romantique. A jouer de toute urgence! Je suis prêt! 😉

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