Joan Manén, quintette pour piano et cordes op. A-18 « Lui et Elle »

 

 

Joan Manén (1883-1971)

« Autodidacte, intuitif, original et perfectionniste ». Voilà comment Daniel Blanch ( pianiste et spécialiste de Joan Manén) qualifie ce violoniste virtuose, pédagogue et compositeur catalan.

Prodige du piano et du violon, il commence à composer dès l’âge de 11 ans sous le regard d’un père sévère et violent.  Il faut préciser que le jeune Joan n’a aucune connaissance en écriture musicale ni même en harmonie. Son père, guère plus. Le jeune prodige catalan va se forger de solides connaissances en lisant et en étudiant seul symphonies, opéras, pièces instrumentales et de musique de chambre.

Son corpus musical est riche: opéras, ballets, symphonies, concertos, musique de chambre, œuvres chorales et témoigne d’un artiste talentueux , fécond animé par une volonté d’accomplissement de soi.

L’émergence d’un violoniste virtuose catalan de  vingt ans dans les grandes salles de concert d’Europe au début du XXe siècle, est un cas sans précédent dans l’histoire de la musique. Au cours du premier quart de siècle Joan Manén ravive la mémoire de Sarasate. Les critiques de l’époque encensent  l’art d’un maître qui a atteint l’excellence. Toute sa vie durant, Joan Manén donnera de très nombreux concerts à travers le monde.

Maniant avec aisance l’art des mots, on lui doit une autobiographie en trois volumes, des poésies, et le livret de quatre de ses opéras.

Au cours de le deuxième moitié du XXe siècle, il décide de retravailler toutes ses œuvres de jeunesse et les annote d’un « A »…

Cet étonnant artiste catalan est au carrefour de cultures et de langages musicaux: culture catalane, espagnole; romantisme germanique,  impressionnisme français, atonalité personnelle.

Le quintette op A-18 « Lui et Elle » se caractérise par une libre utilisation de la modulation et de la dissonance, tout en gardant une base tonale.

Cette oeuvre d’une écriture très personnelle est  basée sur la dualité et complémentarité du masculin et du féminin.

Le déchiffrage de la partition m’a littéralement enthousiasmé.

 

I. LUI ET ELLE (allegro assai)

 

La dualité évoquée précédemment est mise en oeuvre dès le premier mouvement. Le violoncelle expose un thème sombre,  tourmenté, inquiet, »Lui », accompagné par les non moins sombres houles du piano, et ses amples basses. C’est un thème plein de questionnement, d’incertitude cherchant dans la pénombre la moindre lueur de réponse, de vérité.  Chaque élément du quatuor à cordes s’ajoute  au discours jusqu’au retour du thème énoncé cette fois avec affirmation au piano. S’ensuit une véritable lutte interne pleine de contradiction et confusion; l’instabilité tonale faisant écho à l’incertitude ambiante. La lutte se fait de plus en plus pressante, urgente, entrecoupée de brusques silences. Pas de solution, on avance toujours plus loin vers l’inconnu.

Les nuages se dissipent peu à peu, laissant entrevoir une accalmie bienfaitrice. Place à « Elle », celle qui écoute, qui réconforte et apaise. Celle qui sait trouver les mots et quelques réponses. C’est un thème bienveillant et chaleureux , chanté au 1er violon et ponctué par les oscillations chantantes du piano et les douces et brèves phrases de l’alto. Plénitude passagère.

Les deux thèmes principaux seront repris dans les autres mouvements. On peut considérer que cette caractéristique donne un aspect cyclique à ce quintette.

Les tourments reprennent de plus belle,  plus véhéments et violents qu’auparavant. Fièvre, supplication, douleur. Le désordre physique succède au désordre mental. On semble être arrivé là à la lisière de la folie. « Lui » dans toute sa complexité retrouvera-t-il la paix de l’âme?

« Elle » revient. La sérénité originelle c’est quelque peu estompée mais elle reste déterminée à accueillir en son sein l’âme tourmentée.

Un ultime combat se livre, dont l’issue semble incertaine. Mais au final, la raison l’emporte à travers une strette opérant une fulgurante ascension vers une lueur toujours plus vive. Raison fière et digne.

 

II. CARESSES 

Tout autre chose.

Place à la douceur et l’intimité à la manière d’un nocturne.

L’accompagnement feutré des cordes et les caresses en demi- teintes  du piano  (amenant assez rapidement à au thème » Elle ») donnent à ce deuxième mouvement une ambiance très particulière. Tel un fantasme onirique discret dans un halo de brume érotique comparable aux photographies de David Hamilton.  Telles une extase et ivresse contenues.

Puis, deux par deux, les cordes prennent la parole sous la forme d’un thème langoureux issu de « Lui », loin des tourments du mouvement précédent.

« Elle » et  » Lui » se succèdent, complémentaires puis s’unissent dans une douce harmonie non sans quelque altérité.

 

III. ÉCLAT 

( Je n’ai malheureusement pas de musique à vous proposer…)

La Vérité, conquérante, éclate de mille feux.

Une joie frénétique, généreuse, puissante, lumineuse enveloppe les deux facettes de l’âme humaine. Elle balaie tout sur son passage.

Un éclatant ensemble de cloches au piano et de mélodies euphoriques et chatoyantes aux cordes colorent d’une vive lumière ce troisième mouvement.

Cette joie débordante n’exclut pas la lucidité. Le violoncelle reprend l’énoncé du thème « Lui » mais cette fois-ci avec aisance et sérénité. « Elle » aura donc eu raison de ses démons. Du haut de sa sagesse  « Elle » n’en est pas moins humaine sait se montrer espiègle (thème dans le suraigu du piano à la façon d’un xylophone sur par les pizzicatti des cordes).

Une grandiose et  flamboyante coda, dans le style d’une fugue à deux sujets (devinez lesquels) conclut ce troisième mouvement dans la félicité et la joie de vivre.

Ce quintette est tout simplement magistral. Qui est prêt à le défendre avec moi???  😉

 

 

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